Canalblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Tout sur Jean Michel Jarre

Publicité
5 août 2025

Jean-Michel Jarre, une vie conjuguée au futur (La Libre Belgique, 19 avril 2025)

 

Musique Concepteur de l’environnement sonore de l’expo “Amazônia” à Tour & Taxis, il donnera un concert événement place des Palais le 1er juillet avant de célébrer les 50 ans de son manifeste “Oxygène”. Tout ça valait bien un entretien à bâtons rompus.

 

Rencontre Luc Lorfèvre

Au même moment où son père, Maurice Jarre, remporte des Oscars à Hollywood pour les bandes originales de Lawrence d’Arabie (1963) et Docteur Jivago (1966), son fils Jean-Michel Jarre est en quête de mentors spirituels et d’aventures musicales au sein du très sérieux Groupe de recherches musicales (GRM). Après y avoir côtoyé les pionniers Pierre Schaeffer et Karlheinz Stockhausen, il achète ses premiers synthétiseurs analogiques au début des années 1970 tout en commençant une carrière de parolier pour Christophe, Patrick Juvet et Gérard Lenorman. Conçu comme un voyage écologique instrumental en six mouvements, son premier album Oxygène le consacre sur la scène internationale en 1976.

En 1976, tu étais disco ou punk. Quand j’ai présenté la maquette du morceau “Oxygène IV”, j’ai eu droit à tous les commentaires, se souvient-il aujourd’hui. “ Il n’y a pas de batterie, pas de chant, pas de guitare, c’est trop long pour la radio, c’est du suicide commercial.Ces réactions m’ont fait comprendre que j’allais dans la bonne direction.” Vingt-deux albums studio, quatre-vingt-cinq millions d’exemplaires vendus et quelques records d’affluence plus tard (2,5 millions de spectateurs à La Défense de Paris en 1990, 3,5 millions à Moscou en 1997), Jean-Michel Jarre ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur. Plus que jamais attiré par les nouveaux outils, il enchaîne les projets : concert en plein air sur la place des Palais à Bruxelles, habillage sonore de l’exposition immersive Amazônia du photographe Sebastião Salgado (jusqu’au 11/11 à Tour & Taxis), installation Oxyville utilisant la réalité virtuelle pour la Biennale d’architecture de Venise, et célébration du 50e anniversaire d’ Oxygène en 2026. “C ’est le meilleur moment pour créer, faire de la musique et la partager sur différents supports ”, déclare l’artiste de 76 ans, toujours élégant.

Comment est née l’idée de ce concert place des Palais, le 1er juillet ?

Je n’avais pas prévu de tourner en 2025, car je prépare des concerts en 2026 liés au 50e anniversaire d’ Oxygène. Après ma prestation live à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris, on m’a proposé la même semaine de faire un concert à la place des Palais, chez vous à Bruxelles, et à Pompéi. Je n’ai pas pu refuser. D’autres dates se sont ajoutées. Il ne s’agit pas d’une tournée, il s’agit de spectacles spécifiques qui s’inspireront des lieux. J’ai déjà fait des repérages place des Palais, j’ai aussi rencontré des maîtres artificiers belges et français. La scénographie sera liée à mon travail sur l’intelligence artificielle.

Quels souvenirs gardez-vous de votre premier mégaconcert bruxellois, à l’Atomium le 24 août 1993, jour de votre anniversaire ?

Je ne suis pas très anniversaire. Gamin, je n’avais pas droit à des fêtes, car tout le monde était en vacances. Mais, ce soir-là, ce fut inoubliable. Les producteurs avaient été débordés par l’affluence et les spectateurs les plus éloignés n’ont pas eu le meilleur confort d’écoute. Mais, pour le reste, c’est un souvenir extraordinaire. Pour moi Européen, l’Atomium, c’est aussi symbolique que la tour Eiffel. C’était un vrai plaisir de fondre ma musique dans cette ambiance rétrofuturiste.

D’“Oxygène” à la musique d’“Amazônia”, qui illustre l’expo immersive de Sebastião Salgado à Tour & Taxis, vos créations musicales réussissent à être engagées sans le moindre discours.

J’ai pensé très tôt que les mots et le verbe étaient les outils les moins complexes pour communiquer. Quand tu vois de vieux couples à la campagne, ils se tiennent l’un à côté de l’autre sans se parler. Pas parce qu’ils n’ont rien à dire, mais parce qu’ils n’ont plus besoin de mots pour communiquer. La chanson “Les mots bleus” que j’ai écrite pour Christophe en 1974 repose sur cette idée. “ Je lui dirai les mots bleus, ceux qu’on dit avec les yeux… ” La musique instrumentale a ce pouvoir de véhiculer des émotions et des idées sans les mots.

Vu de cette manière, quel est votre album le plus engagé ?

Je me méfie de l’engagement qui est planifié. Pour moi, la musique devient engagée là où elle est jouée et quand elle est interprétée. Se produire en Chine juste après la Révolution culturelle (Les concerts en Chine en 1981 – NdlR), jouer en extérieur en Arabie saoudite en veillant que les femmes et les hommes soient représentés de manière égale, créer un morceau à distance avec le lanceur d’alerte Edward Snowden font partie de ma démarche… C’est plus subtil qu’un long discours. Et, quand ça passe, c’est plus efficace.

De Christophe à Patrick Juvet, vous avez été un parolier très demandé au milieu des années 1970. Pourquoi avoir renoncé ?

Je n’ai pas renoncé. Je m’y suis remis en écrivant “Les vestiges du chaos” pour Christophe. C’est une anecdote étrange. Nous sommes restés enfermés toute une nuit à Paris pour écrire cette chanson. Nous étions tellement contents que Christophe a décidé d’appeler son album Les vestiges du chaos. Quand on est sorti du studio à 6 h du mat’, nous étions le 14 novembre 2015. C’est là qu’on a appris pour la tuerie du Bataclan qui s’était produite la veille.

Dans votre autobiographie “Mélancolique rodéo”, parue en 2019, vous consacriez déjà un chapitre entier à l’intelligence artificielle. Êtes-vous toujours optimiste à ce sujet ?

Je reste persuadé que l’IA est une opportunité absolument incroyable pour repousser les limites de notre imagination. Tu moissonnes le passé avec toutes les data à ta disposition et tu peux inventer autre chose. Le nouveau Miles Davis, la nouvelle Billie Eilish, le hip-hop de demain seront forcément générés par l’IA. Sans l’invention de l’électricité, tu n’aurais jamais eu Chuck Berry ou David Gilmour. Si on n’avait pas trouvé un moyen de mettre la couleur en tube, les peintres seraient restés dans leur atelier et il n’y aurait jamais eu l’impressionnisme.

Mais vous pouvez comprendre que ça fasse peur à certains artistes ?

Beaucoup croient que c’était mieux hier, que demain sera pire. C’est toujours la même histoire. Le théâtre a pris l’invention du cinéma comme une menace, le cinéma a flippé avec l’arrivée de la télé qui a eu peur de la VHS ou du streaming. Lorsque j’ai donné mon tout premier concert de musique électronique à l’Opéra Garnier en 1971, les musiciens de l’orchestre ont débranché la sono en signe de protestation. Les humains commettent une erreur par rapport au progrès : ils attribuent une responsabilité à la technologie. La technologie est neutre. L’IA est neutre, comme la fission de l’atome était neutre. C’est l’être humain qui peut s’en servir pour faire une bombe.

En 2007, à la sortie du raté “Téo & Téa”, vous étiez taxé de “has been”. Comment avez-vous remonté la pente ?

L’album Téo & Téa , c’est un vide artistique. J’ai traversé une sale période de dépression pendant une dizaine d’années. C’est un message que je passe d’ailleurs à tous les artistes qui commencent : on n’est jamais à l’abri de ce trou où, personnellement et professionnellement, plus rien ne va. Le projet collaboratif Electronica m’a sauvé. Il fallait que j’ouvre la fenêtre et que j’aille à la rencontre d’autres musiciens. Comme pour une fête, j’ai envoyé des invitations. À mon grand étonnement, tout le monde a dit oui. Moby, Massive Attack, Air, Laurie Anderson, Tangerine Dream… Au départ, c’était un petit projet et c’est devenu un mammouth : deux albums, 37 collaborations, cinq années qui m’ont nourri et relancé.

Il y a une théorie qui dit que les plus grands génies se nourrissent de leur art pour combler une faille. La vôtre, c’est votre père Maurice Jarre ?

Bien sûr. Ce n’était pas une faille, c’était une béance. Mon père ne s’est jamais occupé de moi. Quelque part, ça m’a poussé à entrer dans un processus créatif pour me faire remarquer de lui. Il m’a fallu des années pour comprendre qu’il avait lui-même des failles à combler. Son absence, dont a aussi souffert ma demi-sœur, n’était pas nécessairement de l’indifférence à notre égard. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il est avec moi beaucoup plus qu’il ne l’était de son vivant.

Quelle est la leçon la plus importante qu’il vous ait inculquée ?

Mon père m’a montré la voie à suivre. Cette singularité pour un musicien français d’avoir un trajet international hors format… C’est ce que j’ai aussi transmis à mes enfants, notamment à mon fils magicien (David Jarre, 48 ans, fils de l’actrice britannique Charlotte Rampling et Jean-Michel Jarre, NdlR ) qui a aussi tracé un chemin totalement atypique.

Publicité
29 juillet 2025

Jarre : une nouvelle bouffée d'oxygène (L'Avenir du Luxembourg, 19 mars 1997)

 

14 juillet 2025

Jarre à La Défense (juillet 1990)

 

15 avril 2025

Jean-Michel Jarre : comment il fait "danser" les nouvelles Renault (L'Auto-Journal, 9 avril 2025)

 

 

 

Guillaume Alvarez

 

Le célèbre artiste français Jean-Michel Jarre semble avoir pris goût à la composition d'objets sonores pour faire "danser" les créations automobiles signées Renault.

Renault et Jean-Michel Jarre poursuivent leur aventure sonore commune initiée en 2022. Le renouvellement de ce partenariat pour quatre années supplémentaires, de 2025 à 2028 inclus, vise à développer de nouvelles expériences sonores pour les occupants des véhicules de la marque.

Renault et Jean-Michel Jarre : un duo qui cartonne !

Artiste et compositeur légendaire, ingénieur du son, pionnier de la musique électronique, Jean-Michel Jarre apporte depuis plusieurs années à Renault son expertise et son expérience en matière de recherche électro-acoustique et d’inventivité musicale.

En collaboration avec les équipes d’ingénierie et de design UX/UI du Technocentre de la marque, ainsi que les partenaires comme l’Ircam et les fournisseurs audio, son action porte aussi bien sur la conception et la mise au point des systèmes audio que sur la création de nouveaux sons et expériences musicales inédites.

La première phase du partenariat a permis de doter les Renault d’ambiances sonores selon le type de musique écoutée, ainsi que la création d’un son d’accueil à l’installation. Celui-ci a été décliné en trois versions dont une pour les modèles en finition Esprit Alpine et une autre "iconique" pour les R5 et R4.

Ajoutez à cela un son d’alerte extérieur nommé VSP (Vehicle Sound for Pedestrians), émis par les véhicules E-Tech mais aussi hybrides en dessous de 30 km/h, pour prévenir les piétons.

Jean-Michel Jarre : "Produire le meilleur son pour tous"

Ce renouvellement marque la poursuite d’un objectif plus ambitieux de la marque : proposer une expérience sonore au meilleur niveau grâce à une définition audio toujours plus exigeante en explorant de nouveaux domaines apportés par l’IA.

Ce nouveau partenariat de quatre ans accompagne la planification produit de Renault et l’arrivée de nouveaux modèles intégrant des créations et innovations conçues avec Jean-Michel Jarre.

"Fidèle à l’esprit d’innovation de la marque et à la posture novatrice qui a toujours guidé les créations de Jean-Michel Jarre, ce prolongement conduira à proposer à nos clients une expérience sonore immersive et unique d’autant plus avant-gardiste qu’elle sera pensée dès la phase de conception des véhicules", déclare Guido Haak, Chief Program Officer.

"L’aventure continue !", s'exclame Jean-Michel Jarre. "Je suis très heureux d’être aux côtés de Renault pour développer des technologies innovantes et des expériences inouïes dans les domaines de l’audio et du design sonore. Avec Luca et ses équipes, nous avons à cœur de produire le meilleur son pour tous et que le plaisir sonore soit un atout de la marque."

7 février 2025

Comment obtenir un peu d'oxygène (Financial Times, 7 juin 2019)

Jean-Michel Jarre | Le compositeur et interprète parle à Andrew Hill de la technologie et de l'avenir

Il y a plus de quatre décennies, un musicien français de 28 ans, bien bâti, du nom de Jean-Michel Jarre, enregistrait Oxygène, à l'aide d'un magnétophone huit pistes et de quelques synthétiseurs analogiques capricieux. Dire que les machines ont progressé depuis cet album révolutionnaire de 1976, c'est largement sous-estimer l'état de l'art électronique. Mais Jarre, aujourd'hui âgé de 70 ans, parvient à être à la fois enthousiaste et préoccupé par le potentiel de la technologie.

Deux versions vinyle d'Equinoxe Infinity, l'un des deux albums que le prolifique compositeur et interprète a sorti l'année dernière, trônent sur la table basse de son appartement parisien, près des Champs-Élysées. Leurs reprises projettent des destins alternatifs pour les « observateurs » d'un autre monde, issus de la pochette de l'original Equinoxe (1978), qui a assuré la renommée de Jarre en tant que pionnier de la musique électronique. Sur une version, les observateurs sont confrontés à une figure humaine sans tête entourée de détritus technologiques, baignée d'une lueur rouge et orange apocalyptique. De l’autre, ils regardent comme des statues de l’île de Pâques dans un paysage aride mais paisible et baigné de soleil.

L'avenir "pourrait être assez dystopique, ou nous pourrions réussir à créer une sorte d'équilibre entre la démographie, l'écologie et notre rapport à la technologie", explique Jarre.

Il a conçu Equinoxe Infinity comme la bande originale d'un film imaginé sur l'évolution des machines, pensant au début pouvoir utiliser l'intelligence artificielle dans sa composition. Ce qu’il a découvert, c’est que nous sommes toujours dans « l’âge sombre » de l’IA, avec des options très limitées. "C'était assez frustrant", dit-il.

Jarre, intemporel avec ses lunettes noires, son costume marron et son t-shirt noir, tend vers une vision positive de l'avenir. Les progrès réalisés au cours des 200 dernières années en matière de bien-être humain montrent que nos pires craintes concernant la race humaine ne se réalisent jamais, souligne-t-il. "La technologie est neutre. Tout dépend de ce que nous faisons... Si nous pouvons améliorer nos capacités et nos possibilités grâce à l'IA, je pense que nous avons de très bons moments devant nous en termes de création."

Le musicien regarde désormais aussi bien en arrière qu’en avant. L'autre sortie de l'année dernière était Planet Jarre, une anthologie rétrospective compilée à partir de 50 ans de travail, y compris sa participation au festival Coachella en 2018 à la fin de sa tournée mondiale de 250 dates Electronica. Il vient de terminer une "sorte d'autobiographie", prévue au printemps prochain, qu'il qualifie de "processus lourd et long".

Même entre deux projets musicaux, Jarre aime travailler au moins une partie de sa journée avec ses instruments électroniques. "Je passe probablement plus de temps avec des machines qu'avec des êtres humains", dit-il. "Je me sens parfois comme ces gens qui ont passé leur vie avec des éléphants ou des dauphins et puis au bout d'un moment ils créent une sorte de para-langage... et il faut du temps pour les apprivoiser, pour créer une sorte de véritable sentiment avec eux."

Si quelqu’un peut être considéré comme un dompteur technologique à succès, c’est bien Jarre. Il a étudié au Conservatoire de Paris, mais il a également appris d'influences musicales moins traditionnelles. Parmi eux figuraient les compositeurs Karlheinz Stockhausen et Pierre Schaeffer, l'acousticien qui a développé la musique concrète. Schaeffer a enseigné au jeune Jarre que la musique pouvait être créée à partir de bruits, comme dans sa propre Étude aux chemins de fer, créée à partir des rythmes et des sons des trains à vapeur.

Une fois que Jarre a décollé avec Oxygène, il a développé une réputation de record de concerts en plein air. Sa représentation à Moscou en 1997 a attiré 3,5 millions de spectateurs. Les critiques ont attaqué ses performances son et lumière suralimentées, complétées par des harpes laser et des feux d'artifice, pour leur grandiloquence. Les problèmes de sécurité rendent également ces concerts plus difficiles à organiser de nos jours. Mais Jarre, sans se laisser décourager, est toujours attiré par l'ampleur. Il dit réfléchir désormais à créer "deux types de productions différentes : une grande pour les stades, les arènes ou les espaces extérieurs, et une plus petite pour les petits théâtres, car c'est un langage totalement différent".

Il expérimente également l'idée d'un « studio du futur » de réalité virtuelle, qui pourrait évoluer vers un concert réunissant des dizaines, voire des centaines de millions de « spectateurs » virtuels. Cependant, des possibilités illimitées peuvent être une malédiction. La perfection est à la fois le but de Jarre – il a souvent parlé du but impossible d’écrire le morceau de musique « idéal » – et son ennemi.

En tournée, Jarre sent qu'il doit créer des frictions supplémentaires pour atténuer ce qu'il appelle l'effet "onde sinusoïdale" : "Après un bon concert, tout le monde est en confiance, donc le lendemain, tout le monde sera beaucoup moins concentré et le résultat sera alors moyen." Il injecte une tension créative en créant délibérément des problèmes la nuit, en changeant le son ou en modifiant la configuration visuelle, sans doute au grand désarroi de son équipe de tournée.

"Le véritable état d'esprit idéal pour faire de la musique", dit-il, "c'est d'avoir ce genre d'approche adolescente... c'est là que toutes les options sont encore ouvertes devant vous."

Le père de Jarre, Maurice, le célèbre compositeur de bandes originales de films, s'est séparé de sa mère alors que Jean-Michel n'avait que cinq ans et père et fils sont restés séparés. Jarre dit que c'est sa mère qui lui a donné son zèle militant. Il le canalise dans son travail et dans des rôles tels que celui de président de la Cisac, la confédération basée à Paris qui défend les droits des auteurs et compositeurs, où il milite pour une part du « gâteau numérique » pour « l'enfant qui rêve de devenir photographe, musicien, cinéaste, écrivain ».

Jarre attribue également à sa mère son envie d'emmener sa musique vers de nouveaux endroits, depuis la Chine en 1981, où des spectateurs en costume de Mao regardaient dans un silence perplexe et poli, jusqu'à un concert l'année dernière à Riyad, où il a joué devant un public non séparé de plus de 50 000 Saoudiens, pour la plupart âgés de moins de 30 ans, depuis un plateau « débranché » alimenté uniquement par l'énergie solaire.

Sa mère lui a appris à faire la distinction entre les idéologies et les gens, dit Jarre. C’est la raison pour laquelle il ignore les appels au boycott des gouvernements peu recommandables et a jeté son dévolu sur la prochaine frontière : donner un spectacle en direct en Corée du Nord. "J'ai toujours été convaincu que la communication était la chose principale", dit-il. "Les gens disent 'si vous faites cela, vous allez aider le régime en termes d'image'. Mais ce n'est pas vrai. Ce qui est bien plus important, c'est de créer du lien avec le peuple. C'est la seule façon pour les gens d'évoluer et de prendre un peu d'oxygène."

"Je passe probablement plus de temps avec les machines qu'avec les êtres humains, et il faut du temps pour les apprivoiser"

Publicité
5 février 2025

Jean-Michel Jarre, quarante ans de réflexion (Le Progrès, 8 novembre 2018)

 

 

Recueilli par T.M.

Le Lyonnais Jean-Michel Jarre publie un nouvel album baptisé Équinoxe infinity, inspiré par son célèbre Équinoxe, de 1978.

 

Combien de temps de travail a représenté ce nouvel album ?

« À peu près un an. Depuis un moment déjà, je voulais faire un album en partant de la pochette de mon disque Équinoxe, réalisé en 1978 par Michel Granger (1), qui est pour moi l'une des plus emblématique de cette époque.

Je me suis demandé ce que les personnages présentés par Granger pourraient être devenus, quarante ans après. »

Et comment fait-on un disque à partir d'une telle idée ?

« J'ai fait appel à une jeune artiste, qui a imaginé deux scénarios et donc deux pochettes. L'une optimiste, l'autre plus sombre. Avec ces visuels, je me suis mis en studio et j'ai composé le disque comme la bande-son d'un film imaginaire, tiré de ces deux scénarios. »°

Que raconte cette histoire ?

« Je suis parti de l'idée que l'on ne pourra survivre dans l'avenir qu'en vivant en bonne intelligence avec la nature, l'environnement, mais aussi les nouvelles technologies et l'intelligence artificielle. Ce sont deux notions très imbriquées. Les nouvelles technologies nous permettront une bonne approche environnementale. »°

Musicalement, comment ça se traduit ?

« Équinoxe, en 1978, avait beaucoup utilisé de sons naturels : la pluie, le vent, le sable. Pour celui-ci, j'ai recréé des sons de pluie ou d'orage, avec des machines, puis, j'ai confronté les sons numériques et les sons analogiques. »

Il y a un morceau qui s'appelle. Les machines n'ont-elles pas d'émotion ? C'est paradoxal pour un musicien électronique...

« Jusqu'à aujourd'hui, on pouvait dire que les instruments n'avaient pas d'émotion. Seuls les musiciens en avaient, quel que soit l'instrument. Mais avec l'émergence et le développement de l'intelligence artificielle, les algorithmes vont créer des histoires, des films, des musiques. Avec des émotions, évidemment. Pour les créateurs, c'est une question majeure. Même si aujourd'hui, ça paraît encore hypothétique... »

Vous allez jouer ce disque sur scène ?

« Je ne pense jamais à la scène quand je fais un disque, sauf exception. Je trouve que ça limite le champ des possibles. Pour l'instant, je sors de 250 concerts à travers le monde, j'ai besoin d'un peu de temps avant de repartir. »

Vous avez joué à Riyadh, en Arabie Saoudite, en septembre, certains vous l'ont reproché...

« Je suis contre toute forme de boycott. Je pense que les artistes doivent aller jouer dans les pays où les libertés sont menacées. Sinon, c'est la double peine. Ma mère, qui était résistante, m'a appris ça : il ne faut pas confondre un peuple et un pouvoir. »

4 février 2025

« Equinoxe Infinity » : retour au rétro-futurisme pour Jean-Michel Jarre (Le Monde, 22 novembre 2018)

 

 

 

Le vingtième album studio du musicien d'électro français est une séquelle inspirée de son album le plus populaire paru en 1978. Bruno Lesprit

Fidèle à une pratique ancienne, Jean-Michel Jarre fournit la liste de l'équipement utilisé pour la réalisation d' Equinoxe Infinity, son vingtième album studio : pas moins d'une trentaine d'instruments et machines, de l'antique Moog Taurus, synthétiseur analogique qui fit le bonheur du rock progressif des années 1970, aux sampleurs dernier cri. Quand on sait qu' Oxygène fut conçu, en 1976, dans l'anonymat, avec « seulement » neuf claviers et boîtes à rythme, cette débauche signe le triomphe de la musique électronique, longtemps confinée aux marges, que le musicien a fait découvrir au grand public.

 

Cette profusion ne nuit pas pour autant à la cohésion de cet album, plus personnel que les derniers travaux de Jarre - les deux chapitres d' Electronica avec leur pléiade d'invités ou le troisième chapitre d' Oxygène,tous publiés en 2015-2016 -, en faisant harmonieusement cohabiter sons analogiques d'hier et numériques d'aujourd'hui, auxquels s'ajoutent des éléments de musique concrète.

Mélancolique et rêveur

Loin du Jedi maniant la harpe-laser devant les foules, Jarre renoue ici avec le jeune homme mélancolique et rêveur qu'il demeure, exposant la face la plus séduisante de sa créativité, une ambient dynamique et espiègle, tournée vers ce qu'il nomme, dans un bel oxymore, la « nostalgie futuriste »,sans exclure la dance (Infinity). Cette démarche atteint un sommet avec Robots Don't Cry, dont le chant plaintif de Mellotron résonne comme un écho à l'interrogation existentielle du maître de la dystopie, Philip K. Dick : « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »

Cette réussite incite à se replonger dans les 41 pistes rétrospectives proposées par Planet Jarre, qui ont le mérite, sans oublier les tubes, d'écarter ce qui a mal vieilli dans l'oeuvre de l'électronicien et d'exhiber de fascinantes raretés. Tel cet Eros Machine de jeunesse (1969), une face B de 45-tours imaginant l'orgasme d'un automate.

Equinoxe Infinity et Planet Jarre , Columbia/Sony Music.

Masterclass, de Jean-Michel Jarre. Le 8 décembre à 17 heures au festival Inasound, Palais Brongniart, Paris 2e.

3 février 2025

Le pionnier de l'électro est venu, en toute simplicité, passer un moment à La Montagne (La Montagne, 15 septembre 2016)

 

 

 

La musique c'est quoi ? Faire vibrer l'air

Le projet Electronica. « Je travaille depuis 5 ans sur un projet qui me tenait à coeur : Electronica. L'idée c'est de collaborer avec des gens qui sont des sources d'inspiration pour moi dans des registres différents : Rone, Christophe, Massive Attack, Sébatien Tellier Le tout à une époque où beaucoup de musiciens envoient des fichiers sur Internet pour travailler avec des gens qu'ils ne rencontrent jamais. Là c'était l'inverse. Je suis allé au-devant de ces gens pour partager avec eux, dans leur environnement, le processus créatif. Ça a été pour moi un voyage initiatique pendant quatre ans, qui se traduit par un double album et cette tournée qui mélange les classiques de mon répertoire et des nouveautés du projet Electronica. ».

« La force de la scène électro française c'est sa légitimité »

- La différence.

« J'ai été l'un des premiers à intégrer des éléments visuels à mes concerts. Aujourd'hui, la vidéo est partout. Si je viens sur scène aujourd'hui, c'est pour faire quelque chose de nouveau comme à mes débuts. Quand je fais de la musique, je suis intéressé par l'idée de paysages sonores, de créer des profondeurs, des perspectives, comme une sensation de 3D mais sans lunette. J'avais envie d'explorer ça visuellement avec des éléments de décors et de panneaux qui donnent ce sentiment. J'ai une nouvelle équipe sur le plan scénographique qui a fait un travail extraordinaire pour traduire et réaliser cette idée. ».

- Son idéal.

« Je suis déjà venu à Clermont en 2010. Je reviens, même si je ne suis pas forcément objectif, avec quelque chose que je préfère. Le trajet d'un artiste tient d'une obsession, d'une quête de l'idéal. C'est un peu comme un mirage qu'on veut toucher et qui s'envole. Mais cette fois, j'ai le sentiment de m'être rapproché de mon idéal. ».

- Innovation.

« Dans l'électro, on est aujourd'hui dans une situation qui est assez agréable : les mondes de l'analogique et du numérique peuvent enfin cohabiter. Comme il y a eu un retour du disque vinyle, les gens redécouvrent les premiers instruments numériques qui datent des années 70 Ce sont un peu des Stradivarius technologiques; rien de mieux n'a été fait depuis. Sur scène, je retrouve ces instruments qui ont un son, une chaleur particulière et je joue avec des instruments nouveaux voire même qui n'existent pas encore comme cette vitre qui réagit au toucher. C'est une approche sensuelle, un contact différent qui motive l'artiste. ».

- D'autres projets.

J'ai accepté de faire la musique de la nouvelle chaîne télé de France Info. C'est un défi de faire une musique compatible pour le médium de la radio et de la télé; et qui ne soit pas, dans les périodes sombres que l'on traverse, anxyogène vis-à-vis des infos que l'on reçoit. J'ai aussi envie de m'impliquer dans la musique de film, de ballet ou pour le théâtre.

- Sous les étoiles.

Mon projet Electronica est modulable, d'un Zénith à une petite salle en passant par les extérieurs Je ne me réveille pas un matin, en me disant tiens : Je veux jouer au pied des pyramides ». À chaque fois, ce sont des demandes de la part des Nations Unies ou l'Unesco. Il y a des projets en extérieur mais qui se frottent aux contraintes de sécurité mais ça s'organise. J'ai fait un concert cet été à Baalbek, au Liban, à 25 kilomètres de la frontière syrienne. Beaucoup de gens étaient très nerveux autour de moi. Mais je pars du principe qu'il faut toujours aller dans les endroits comme ça, pas de manière inconsciente évidemment, là où les gens ont besoin de culture, de sentir qu'il y a un lien qui existe avec le monde extérieur. ».

- Parolier.

« Cet album marque les retrouvailles avec Christophe pour lequel j'ai écrit Les mots bleus. J'aime beaucoup l'écriture mais je ne me sens pas auteur ou parolier de manière professionnelle. Ce qui m'intéresse dans les mots, c'est leur dimension phonétique. Écrire une chanson, ce n'est pas écrire un livre : il y a cette dimension sonore essentielle. Le sens est important mais j'ai besoin d'être inspiré par un chanteur.

- Pourquoi l'électro ?

« J'aime beaucoup les choeurs, l'orchestre bien sûr, les musiques extra-européennes aussi. La raison pour laquelle je me suis intéressé à la musique électronique c'est que je ne voulais pas partir de sons, ceux de la voix ou des instruments, qui sont imposés. Je suis mon propre luthier, je fabrique mes propres sons. C'est ça la différence entre « le classique et l'électro », cette plus grande liberté dans le choix des timbres et des sonorités. Ce n'est pas un jugement de valeur. C'est juste différent. ».

- Jean-Michel Jarre dans l'histoire.

« Il y a effectivement beaucoup de jeunes artistes qui disent que je suis une source d'inspiration pour eux ils sont eux aussi sources d'inspiration pour moi. L'électro est une grande famille, en particulier en France où il y a une tradition, un héritage commun né de la musique classique. On ne cherche pas à travailler dans un format de trois minutes contrairement aux États-Unis. La force de la scène électro française, c'est qu'elle a une vraie légitimité et qu'elle s'appuie sur la puissance de la mélodie qui reste au centre de la musique. Ces gens que je fréquente aujourd'hui, utilisent la technologie pour obtenir un résultat mélodique, impressionniste et poétique. C'est l'instrument qui change, mais l'intention est la même. ».

« Sur ma poitrine le souffle de la trompette de Chet Baker »

- Le souvenir.

« J'ai huit ans. Je suis assis sur un piano dans le célèbre club de jazz Le Chat Qui Pêche, tenu par une amie de ma mère. Chet Baker joue pour moi et je sens le souffle de la trompette sur ma poitrine. C'est une très grande émotion de comprendre ce que c'est que la musique : notre boulot à nous musiciens c'est de faire vibrer l'air. jusqu'à vos oreilles. C'est invisible et ça rend humble. On va créer de l'ennui ou l'envie de danser jusqu'au bout de la nuit, de faire pleurer ou de faire rire C'est seulement une manière différente de faire vibrer l'air. Chet Baker m'a fait ressentir ça même si je ne l'ai compris que bien des années plus tard. ».

2 février 2025

Jean-Michel Jarre rencontre la scène electro (Ouest-France, 17 octobre 2015)

 

 

Recueilli par Michel TROADEC. -

Le nom de Jean-Michel Jarre ramène invariablement à l'album Oxygène, à son succès international et à ses gigantesques concerts. Loin de ces images un peu passéistes, son nouvel album, Electronica, est un voyage à travers quarante ans de musique électronique, avec un incroyable casting d'une quinzaine d'invités et de groupes, de Tangerine Dream à Air, de Vince Clarke (Depeche Mode) à Moby... Et avec des titres excitants, à écouter de préférence au casque... Pour en parler, ce pape de la musique électronique nous a reçus dans son studio d'enregistrement, en bord de Seine, près de Paris.

Vous êtes né à Lyon, vous vivez à Paris, votre carrière est internationale, vous vous sentez d'où?

De Lyon, où j'ai mes racines, plus que de Paris. Mais je me sens surtout d'appartenance européenne. Bien à Berlin, Londres, Madrid, Milan... C'est chez moi. C'est chez nous.

Pour ce nouvel album, vous avez passé du temps à Los Angeles?

Ce projet a été une sorte de voyage initiatique. Pas mal de ceux avec qui j'ai travaillé y habitent. D'un point de vue personnel, c'est la ville où a vécu mon père (grand compositeur de musique de films, parti aux États-Unis après un divorce quand son fils avait 5 ans, aujourd'hui décédé). J'ai malheureusement toujours eu une relation un peu compliquée avec lui.

Vous n'avez pas pu vous revoir lors du succès mondial d' Oxygène?

Non. Ma mère me disait qu'il y a eu, alors, une forme de jalousie. Ma notoriété est devenue plus forte que la sienne. J'ai beaucoup souffert parce que la béance ou l'indifférence est plus difficile qu'un conflit ouvert. Avec le temps, j'ai pensé qu'il aurait pu se passer quelque chose. Mais non. Aujourd'hui, je suis en paix avec lui. Ma mère m'a ouvert les yeux notamment sur cette tolérance dont on a tellement besoin aujourd'hui. J'ai mis tout ça dans le projet Electronica .

« On était une poignée d'allumés »

Pourquoi avoir choisi un invité pour chaque titre?

La musique électronique est une activité solitaire. Mais là, j'ai voulu aller à la rencontre de gens qui sont, ou ont été des sources d'inspiration. J'ai composé en fonction du fantasme ou de l'idée que j'avais de ces musiciens. Ensuite, on a travaillé ensemble. Je suis allé voir Tangerine Dream (pionnier allemand de la musique electro) près de Vienne, Pete Townshend (guitariste des Who) près de Londres, Laurie Anderson à New York...

Tous ont répondu favorablement ?

Mais oui. Je crois qu'eux aussi avaient ce besoin de partage. Surtout à une époque où nous sommes tous si connectés avec le monde, à travers des écrans, qu'on ne sait plus parler à son voisin de palier.

Dans un studio d'enregistrement, nous sommes dans un état de vulnérabilité. On partage ses tics, ses tocs, ses secrets...

Cela a été différent selon les générations de musiciens?

Je m'attendais à être plus surpris... Mais je crois qu'il n'y a pas de progrès dans la création. Ce sont juste les outils qui changent, font naître les styles. Les thèmes, les fantasmes humains qui nous inspirent sont les mêmes : l'amour, la haine, la solitude, la mort, le temps qui passe... Et nous avons en commun cette jubilation enfantine de créer quelque chose de nouveau.

Quand vous avez débuté, la musique électronique n'existait pas ?

C'était la grande révolution des sixties. On était une poignée d'allumés. La tendance était de tout foutre en l'air. Nous travaillions avec des instruments considérés comme des machines... Nous ne voyions plus la musique en terme de notes mais de sons. Cette idée a si bien fait son chemin que les DJ's d'aujourd'hui sont considérés comme des sound designers, avec une approche tactile du son.

Vous dites que l'electro est une musique européenne...

Elle n'a rien à voir avec les États-Unis, avec le jazz, le rock... C'est une musique née en Allemagne avec Karlheinz Stockhausen, en France avec Pierre Henry et Pierre Schaeffer, en Russie avec Léon Theremine... Elle est issue de la musique classique.

Ces grandes plages instrumentales n'ont rien à voir avec la chanson-pop.

Vous avez écrit des tubes (Les paradis perdus, Les mots bleus) pour Christophe dans les années 1970. Et jamais retravaillé ensemble ?

C'est un peu un scoop : il sera sur le volume 2 du disque, qui sort en avril, comme David Lynch, Hans Zimmer, Gary Numan... Je lui ai composé une sorte de western urbain.

Votre association était étrange...

C'est vrai qu'il venait de la variété, avec Aline,Les marionnettes. Mais on était dans la même bande chez Dreyfus, notre éditeur. J'ai senti chez Christophe un personnage embryonnaire de looser crépusculaire, de rock'n rolleur italien. Je ne me suis jamais considéré parolier. Dans les textes que je lui ai écrits, j'étais obsédé par le son. Et l'idée qu'il ne fallait pas mettre le mot amour dans une chanson d'amour... Après, nous avons fait nos carrières. On se retrouve avec beaucoup d'affection.

Electronica (volume 1, The time machine). Sony. 68 mn, 16 titres.

1 février 2025

Jean-Michel Jarre illumine les chantiers de Gdansk (NouvelObs, 27 août 2005)

 

POLOGNE

 

Pour fêter cet anniversaire du syndicat, plus de 100.000 personnes ont assisté à un concert de Jean-Michel Jarre sur le site des chantiers de Gdansk.

Plus de 100.000 personnes ont assisté vendredi 26 août soir à un concert du compositeur français de musique électronique Jean-Michel Jarre, sur le site des chantiers navals de Gdansk dans le nord de la Pologne, pour fêter le 25e anniversaire du syndicat Solidarité.

Le musicien a réinterprété ses anciennes compositions bien connues en Pologne, dont les célèbres suites Oxygène et Equinoxe, devant une foule enthousiaste massée au milieu des immenses grues des chantiers, berceaux en août 1980 du premier syndicat libre du bloc soviétiques.

Sur fond d'images laser qu'il manie à la perfection, au milieux des feux d'artifices et des photos de grèves d'il y a 25 ans projetées sur le mur d'un bâtiment peint en blanc, l'artiste a joué et bavardé avec le public pendant plus de deux heures.

"L'espace de liberté"

Mélangeant l'anglais et le polonais, Jean-Michel Jarre a rendu un vibrant hommage à Solidarnosc, lors de ce concert intitulé "L'espace de liberté" et retransmis en direct par la télévision publique polonaise.

"Ce concert est dédié à ces chantiers où tout a commencé", a-t-il dit. "Si nous sommes là aujourd'hui, c'est grâce à ces ouvriers des chantiers navals. C'est grâce à leur courage qu'on a pu mettre un terme à l'une des plus graves erreurs du 20e siècle: le communisme soviétique", a déclaré le musicien.

Jean-Michel Jarre a interprété notamment une oeuvre spécialement écrite pour l'occasion, "Solidarité ce soir". Il a invité sur scène le chef historique du syndicat polonais, Lech Walesa, et les deux hommes se sont donné l'accolade.

"Notre génération a pu donner à l'Europe une chance de liberté et de justice", s'est félicité Lech Walesa. Mais, a-t-il ajouté avec amertume, "nous étions 15.000 à l'époque, alors qu'aujourd'hui les travailleurs des chantiers ne sont plus que 3.000. La liberté s'est révélée difficile pour eux".

Le musicien français a dédié deux compositions au pape polonais Jean Paul II, dans un mixage de chants patriotiques polonais, avec une voix du pape résonnant fort dans oreilles du public enthousiaste: "Nie ma wolnosci bez Solidarnosci" (Pas de liberté sans Solidarité).

Vers la fin du concert qui a constitué un moment fort des cérémonies du 25 anniversaires du syndicat célébré en Pologne, le public a scandé à Jean-Michel Jarre, comme il avait eu l'habitude de le faire au pape polonais: "reste avec nous".

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>
Tout sur Jean Michel Jarre
Publicité
Archives
Publicité